Refuge Armand Gatti

03 octobre 2007

REFUGE DES RESISTANCES « ARMAND GATTI »

for_t_Berbeyrolle_2          
Forêt de La Berbeyrolle


2007-2008


Une université européenne de création
sur le Plateau de Millevaches

APPEL
Au cœur de la montagne limousine, le futur  Refuge des résistances  Armand Gatti

Retour en arrière

En 2005, le poète dramaturge Armand Gatti – qui figure parmi les créateurs les plus importants de langue française - revient sur le plateau de Millevaches. Il y était né une seconde fois à l’âge de 17 ans, lorsqu’en 1942 il prit en cet endroit le maquis.

63 années plus tard, c’est là qu’il veut revenir, travailler, échanger, créer, observer les étoiles et aussi résister au triste cours du moment. Il donne alors quelques lectures avec comme point d’orgue, en septembre 2006, celle de son « impossible » poème à Georges Guingouin, sur les lieux même où il fut planqué par un boulanger et un paysan « magnifiques » : à La Berbeyrolle, près de Tarnac.

De nouvelles rencontres en découlent, jusqu’en ce jour de printemps 2007 où, à Peyrelevade, il découvre le domaine de La Cour qui concentre à lui seul des écosystèmes et paysages parmi les plus emblématiques du plateau. Avec ses compagnons d’ici et d’ailleurs, le projet d’en faire un « refuge des résistances » s’impose comme une évidence. Le vieux projet du poète de créer un observatoire des étoiles y trouve naturellement sa place. L’endroit, habité, reconquis par la vie, pourrait accueillir les résidences de création de Gatti qui rassemblent chaque année des jeunes venus des quatre coins de l’Europe. L’idée d’une « Université européenne de création » s’impose. Des liens et des contacts avec des acteurs locaux laissent deviner de fructueuses et possibles complicités : on peut travailler la terre, entretenir les milieux sensibles qui font la richesse environnementale du domaine, y accueillir des visiteurs, y établir des bibliothèques etc.

La municipalité de Peyrelevade apprenant que le domaine risquait d’être mis en vente prend les devants. Elle en appelle au Parc naturel régional afin d’éviter que La Cour devienne un lieu clôturé ou qu’il soit démantelé. En vain. Le domaine vient d’être acheté par un privé décidé à y développer une activité d’élevage équin et d’accueil touristique.

Une occasion perdue mais un projet toujours vivant

Cependant la rencontre avec La Cour ne fut pas vaine. Elle permettra de développer et d’enrichir l’idée et les perspectives d’une université des résistances. Elle incitera l’imagination, le désir et la créativité au bénéfice du projet.

Ainsi Hélène Châtelain qui porte avec Gatti le projet de Refuge expliquait au moment où la possibilité pour les gens du Plateau, pour les communes d’avoir le domaine de la Cour :

« Ce lieu préservé, à l’écart des tumultes, pourrait devenir à l’échelle européenne un foyer de création, de partage et d’échanges de pensées, fondamental parce que enraciné dans une terre, le plateau de mille vaches ( des mille sources) qui a gardé et développé  une autonomie de pensé rare,  une réflexion sur les apprentissages et les savoirs, une volonté de création, de partage et d’ouverture sur d’autres questions, sur d’autres langues, sur d’autres langages. D’où le long compagnonnage  que nous tissons ensemble  depuis plus de dix ans. .

Ce Refuge des résistances  - c’est le Plateau qui a donné ce nom au projet –que peut-il devenir ? . Une Université ? Un pôle ? Un phare ? Un centre ? Un catalyseur ?... (une chance historique ?  ou un piège ?….)   

Ce qui est clair, c’est que le futur du domaine de la Cour  est  un choix. Profond, radical.

Celui de manifester la volonté puissante, concrète de renverser la fatalité historique de cette terre.

Depuis la nuit des temps, les hommes partent du plateau chercher du travail « ailleurs ».  Aujourd’hui ils veulent rester. Non au prix d’un enrichissement fallacieux, mais à celui de la dignité et du respect d’eux-mêmes et de cette terre, autonome, responsable...

Le Limousin a été naguère le centre d’un monde.

Le Plateau des mille sources fut le centre d’une résistance.

(Le Refuge) peut devenir le centre d’une réflexion – multiple- sur le monde qui s’annonce, face à la destruction programmée, des langues, des langages et des espèces. » ...

L’occasion perdue ne détruisit donc pas les envies qui s’étaient exprimées, bien au contraire. D’autres lieux sur le plateau pourraient accueillir le projet de Refuge des résistances ou quelque chose qui n’a pas encore de nom, quelque chose qui n’a pas encore de « programme » ou de « cahier des charges », mais qui émane du désir et des rêves de quelques uns. Quelque chose qui n’a pas encore d’identité, mais déjà une âme.

Autour d’Armand Gatti, de Pierre Coutaud, de leurs amis limousin du plateau, de Limoges (cercle Gramsci) ou de Tulle (Peuple et Culture), le projet émerge, se construit, se fédère. Il n’est ni limité, ni arrêté. Encore en devenir. Ses promoteurs veulent le partager et l’élargir et appellent tous ceux qui se sentent concernés ou attirés par cette expérience à venir les rejoindre. Déjà des actes concrets sont posés. Un autre lieu est recherché. Une résidence de création au cours de l’été 2008 est prévue sur le plateau autour de Gatti et de personnes venues de toute l’Europe – résidence à laquelle sont conviés les gens du Plateau ou du Limousin qui voudraient s’associer à une telle expérience. Un blog existe sur internet qui donne les informations disponibles sur le projet de Refuge et ouvre au débat. Une association pourrait être créée prochainement. Une réunion enfin est programmée pour présenter le projet en ses limbes et l’accompagner avec tous ceux qui sont motivés par cette idée urgente et nécessaire : il faut résister.

Pour en savoir plus et pour participer :
Contact : Pierre Coutaud, maire de Peyrelevade_ p.coutaud@wanadoo.fr

REUNION CONSTITUTIVE

(pour celles et ceux voulant s'impliquer activement dans l'édification du Refuge)

SALLE des FETES (MAIRIE de PEYRELEVADE) DIMANCHE 16 DECEMBRE 2007 15 heures

TABLE des MATIERES

-  GENESE du projet (de "Refuge des résistances, université de création")

-  HISTORIQUE d'une démarche : Gatti, du TNP de Jean Vilar à La traversée des langages

PHOTOS : Chamboux, en lisière de forêt de la Berbeyrolle, un lieu possible parmi d'autres pour le Refuge

- GLOSSAIRE : Gatti nous raconte quelques mots essentiels rendant compte de sa démarche et de son oeuvre

Genèse du projet

Aux sources de ce projet, un faisceau de rencontres. Rencontre entre un tout jeune homme, petit fils de paysans piémontais, fils d’émigré et une région, le plateau de Millevaches -  des gens, des arbres, des chants d’oiseaux, des mots-poèmes. Rencontres entre un maquisard de 17 ans, un trou maquisard, un boulanger résistant, une ferme-refuge, un instituteur résistant qui créera le plus puissant maquis de France, une forêt-refuge, une arrestation, une condamnation à mort, un camp de concentration, une évasion à travers une Europe en folie… Et la découverte qui deviendra une certitude : seul  le mot du poème permet d’échapper aux pièges de l’humiliation et de la défaite. 
Ces rencontres avec cette Résistance, avec le plateau, ses hommes et ses arbres - arbres de la Berbeyrolle devenus
les interlocuteurs irremplaçables des longues nuit de veille - resteront le point d’ancrage secret de ce qui deviendra, au fil du temps et celui de l’écriture, un face-à- face entre Gatti Dante Sauveur dit Armand  – maquisard, journaliste, dramaturge-metteur en scène, cinéaste, écrivain public itinérant… Poète –  et son siècle, à tous les temps.

Face-à-face entre Histoire, langages et création. Entre une vision du monde fondée sur un déterminisme - meurtrier - de la cause et de l’effet et une vision du monde s’ouvrant sur tous les possibles des mots et des langages.
Car l’Histoire se prit les pieds dans les accidents typographiques, majuscules, minuscules, ratures, points de suspension, d’interrogation, d’exclamations.
L’œuvre - d’affluents en affluents, de textes en textes, d’expériences d’écriture en expérience d’écriture, brassant les tragédies d’un siècle qui perdait  hauteur et orientation - se ramifiait, charriant les alluvions des rencontres, des voyages,
des questionnements : les barricades de livres d’une guerre d’Espagne perpétuellement perdue et perpétuellement à regagner,  l’idéogramme chinois,  la forêt guatémaltèque, les pictogrammes indiens, les lettres de l’alphabet celte d’Irlande, et aussi les équations griffonnées à la hâte par un tout jeune homme la dernière nuit avant sa mort, à l’aube d’un duel truqué – Évariste Galois - qui allaient ouvrir sur les Incertitudes de la physique nouvelle…  Alphabets multiples, et se multipliant les uns les autres à la recherche obstinée des analogies et des symétries avec ce qui fut, est et sera le seul principe de réalité acceptable : celui du point d’interrogation, accroché au nom de code du Gatti maquisard. Don Quichotte, devenu Don Qui ?


C’est ce ? qui a servi d’estafette au troisième retour.
Qui est aussi un retour aux origines :


Une école errante ?
En fait,  depuis le trou du maquis,  c’est de cela aussi qu’il s’agit.
La première nuit de l’arrestation des quatre jeunes maquisards, entassés les uns sur les autres dans le froid glacial de cet hiver 1942, des mots s’échangèrent : « Tu regrettes ? - Non - Et toi ?- non, rien. »

Plus tard, Gatti écrira : le  mot juste à la place juste – et nous l’étions.
C’est la recherche de ce mot juste à la place juste que ce troisième retour de Gatti sur le Plateau voudrait marquer.
Un retour qui n’est pas un arrêt, mais un désir profond de prolonger - ici -  la démarche d’écriture qui est depuis les tout premiers textes – la sienne.
Cela signifie ici, qu’un tel projet ne peut s’énoncer par décision arbitraire ou administrative.
Il ne peut exister, comme toute résistance, qu’à travers un réseau de complicités.

Le Refuge des Résistances
La première complicité – fondatrice - se noua il y a plus de dix ans avec Peuple et Culture de Tulle (à l’occasion de la mise en scène à Limoges de L’Enfant-Rat d’Armand Gatti).
La deuxième complicité se noua il y a trois ans avec le Cercle Gramsci de Limoges.
La troisième fut le nom donné au projet : Refuge des Résistances. Il vint de Faux la Montagne (la coopérative ouvrière Ambiance-Bois).
La quatrième fut la proposition de Daniel Hélie, petit fils de Pierre  Hélie « le Magnifique » le résistant de la première heure, d’accueillir à la Berbeyrolle – place juste s’íl en fut- la lecture du poème que Gatti écrivit à la mort de celui qui fut son chef de maquis :  « Les cinq noms de résistance de Georges Guingouin ».
La cinquième fut la rencontre, à l’occasion de cette lecture, avec Pierre Coutaud, maire de Peyrelevade. Elle déboucha sur la première formulation d’un projet commun : la création d’un observatoire des étoiles à Peyrelevade. L’opportunité qui se présenta à la commune de pouvoir acquérir le domaine de La Cour – ce haut lieu du Plateau- devint le fédérateur possible de toutes ces propositions.

Refuge des Résistances Armand Gatti
Les anciens lieux de culte limousins rassemblaient l’eau, la pierre les arbres.
Ce lieu, préservé, á l’écart des tumultes peut devenir, á l’échelle européenne, un foyer de création et de partage et d’échanges de pensée, fondamental parce que enraciné. Enraciné Dans une terre, une communauté d’esprit, une réflexion sur les apprentissages et les savoirs. Sur un processus de création et de partage. et une volonté d’ouverture sur d’autres questions, sur d’autres langues, sur d’autres langages .

Une Université ?
un pôle ? un  phare ? un centre ? un catalyseur ? (Les mots sont si rapidement colonisés par la voracité langagière actuelle, qu’il faut les manier avec précaution de peur qu’ils ne se dessèchent ou se muent en leur contraire…).
Ce qui est clair, c`est que le futur du Domaine est un choix. Profond, radical.
Il y a aujourd’hui sur le Plateau, une volonté puissante, concrète de renverser la fatalité historique de cette terre.
Depuis la nuit des temps, les hommes partent du plateau.
Aujourd’hui, ils veulent rester. Non au prix d’un enrichissement fallacieux.
Mais à celui de la dignité et du respect d’eux-mêmes et de cette terre , autonome, responsable.

« Nous ne dirons plus ici l’Histoire
nous dirons ici l’Univers » (A.Gatti)

Le Limousin a été naguère le centre d’un monde.
Le Plateau des mille sources fut le centre d’une résistance.
Le Refuge peut devenir le centre d’une  réflexion – multiple - sur le monde qui s’annonce, face á la destruction programmée des langues, des langages et des espèces.
Il y a là aussi une fatalité á refuser. Et une opportunité- rare - à saisir.


Une  démarche : du TNP de Jean Vilar à la Traversée des langages
(Bref rappel historique)

En 1956, Jean Vilar, directeur du TNP, le Théâtre National Populaire, monte « Le Crapaud buffle » de Gatti.
Ce texte qui fait  partie d’un cycle consacré à l’Amérique latine, provoque une véritable levée de boucliers des critiques de théâtre, et en réponse l’affirmation par Vilar de l’importance de ce qu’il considère comme une nouvelle écriture dramatique.
À partir de là, les textes de Gatti vont être montés régulièrement dans les Centres dramatiques et les scènes nationales, (Theâtre de la Cité de Lyon, Théâtre de l’Est parisien, TNP, etc)  le plus souvent par Gatti lui-même.
En septembre 1968, pour ouvrir la nouvelle saison d’après Mai 68, le TNP (qui n’est plus celui de Vilar) programme « la Passion du général Franco » : la guerre d’Espagne vue par les émigrés .
En pleine répétition, la pièce est interdite. André Malraux, ministre de la Culture de l’époque, ne peut rien contre le veto gouvernemental : des accords sont en passe d’être signés entre l’Espagne de Franco et la France . Cette interdiction est une grande première dans le monde du théâtre français. Gatti part à l’étranger  : Berlin lui propose une bourse pour y écrire
Ce départ, en fait, ouvre des chemins de traverse, parallèles ou transversaux aux grandes routes de ce qui va devenir de plus en plus celles d’un marché de la Culture.
Gatti instaure un type de travail en rupture avec le monde professionnel du théâtre. Commence le temps des « expériences » : le théâtre comme partage, aventure de l’esprit et jamais la fabrication d’un produit.

Les définitions  de ces expériences sont nombreuses :
« l’apprentissage d’une fraternité qui devient écriture et l’écriture , un apprentissage d’une fraternité. »
ou « dégager un espace et donner, á ceux qui structurellement ou provisoirement sont lésés de la possibilité de se construire, un futur á travers cette création première qu’est l`écriture : d’en prendre la mesure – et celle de soi en même temps »…
Un compagnonnage avec les exclus, les estropiés de nos sociétes modernes.
Et  l’exigence qui exclut tout  populisme et toute simplification.

Les acteurs de ces expériences
Ils ont variés, selon les possibilités et le contexte de l’époque : étudiants d’un Institut des mass media en Belgique venus de pays différents (Afrique, Grèce, Belgique, France…)– qui s’installèrent pendant 9 mois dans la campagne du Brabant wallon déchirée par les remembrements et les autoroutes , émigrés espagnols rassemblés dans une usine désaffectée de Bruxelles, travailleurs émigrés de Sochaux Peugeot à Montbeliard, détenus à la prison de  Fleury Merogis , jeunes en insertion\ á Marseille, à Toulouse, à Strasbourg, à Montreuil…plus de 30 ans.
Cette dernière décennie, les dérives institutionnelles des multiples « plans d’insertion », et les dérives utilitaires des cursus universitaires ont influé sur le déroulement des expériences d’écriture.
Depuis trois ans, pour échapper au piège du rétrécissement des possibles, ces expériences se sont ouvertes sur l’Europe. 
La première initiative vint de l’Université de Besançon (un an de préparation-séminaire, atelier) puis de l’Hôpital psychiatrique de Ville-Evrard en cours de désaffection -  où se sont regroupés ( deux mois pour chacune de ces résidences de création ) des étudiants venus des pays différents : Croatie, Ukraine, Corée, Afghanistan, Sibérie, Espagne, Italie, Allemagne, et aussi Canada,  Los Angeles.



Prefiguration

« Pourquoi, malgré les difficultés de notre époque et le départ de beaucoup de ses fils, une terre en soi pauvre, en dépit de tout, continue-t-elle  à vivre ? S'interroger comprendre, découvrir enfin, la vraie richesse de ce pays : il est dans l'âme de ces paysans, vraie noblesse du Limousin, qui - s'étant depuis longtemps rendus maîtres, à force de peines, de détermination, au prix même de l'exil, d'un sol pauvre délaissé par les riches - restent libres, autonomes et tenaces sur leurs terres."

(M.France Houdart)

Préfiguration : une traversée des langues et des langages
1 – Il se trouve aussi que ce pays possède une richesse  humaine particulière dont l’Histoire depuis la nuit des temps témoigne
2-  Il se trouve que ce fut, face à l’occupant, une terre exemplaire de Résistance . Une résistance paysanne, solitaire, solidaire, autonome, dont les métropoles et les Comités centraux se méfiaient. : la Résistance était dans les villes, pas dans les forêts
3 -  Il se trouve qu’aujourd’hui, face aux fatalismes économiques et culturels de notre monde contemporain - celui de l’après-guerre et de la technicité triomphante - se forment ici et depuis près de 30 ans, des réseaux de résistances multiples qui se croisent autour d’une question : comment  -  d’une terre dont les hommes, toujours, sont partis louer leur force de travail ailleurs et les femmes ont toujours assumé seules les tâches et le labeur  – faire une terre d’où hommes et femmes n’en partent pas, reviennent.
Et y restent en se donnant les moyens de créer, de se construire un destin qui ne leur soit pas assigné, qui leur ressemble, qui ait un sens. Et de trouver les mots pour le dire et le partager.

Nous sommes tous nés de l’agonie d’une étoile, écrit Gatti
Nous refusons l’agonie d’une terre – disent aujourd’hui les gens du  plateau.

Le trou clandestin du maquis pour ceux qui l’avaient creusé, était un refuge et une concentration de force
et d’énergie.
A une autre échelle, et en pleine lumière, c’est le rôle et la fonction du "Domaine" (du Refuge des résistances, des langues et des langages)

Etre un lieu de rencontres et d'échange et d’apprentissage
Toutes les activités : relevés et observations régulières de la flore, faune, oiseaux –travail archéologique de fouilles, aménagement de lieux d’accueil,  travail de la pierre et du bois, apiculture (sachant que les abeilles, comme les oiseaux qui s’obstinent à migrer, tout comme ce qui appartient au monde non directement contrôlable est de plus en plus menacé) ...sont des sources de savoirs et d’apprentissage à partager.
Rassembler les compétences à partir desquelles créer des  ateliers.
Développer les contacts avec l’extérieur et l’étranger non pour « communiquer » - mais pour échanger, confronter.
Pour être plus riches de mots à partager.

Etre un observatoire d'étoiles
Partir de ce qui déjà existe et de la possibilité de chacun à lever les yeux, vers la cime des arbres et au-delà, vers le ciel.
Il y a à Guéret (près de la réserve protégée des loups) un très bel Observatoire
(initiation, observation, – circulation des informations).
Des passionnés existent, souvent en solitaire ; des rencontres se font déjà. Il y a eu à Saint Jal  une expérience d'auto construction d'une lunette astronomique. 
C'est à partir de tous ces éléments  que  va s’ajuster, la forme et la fonction, la vocation  de cet  observatoire sur le Plateau de Millevaches -complémentaire de ce qui existe déjà. Un projet ouvrant sur des savoirs, des curiosités, des compétences,
des interrogations -  qui, au delà de la lecture du ciel, interroge les langages et des formes de résistances intellectuelles qui sont ici convoqués (philosophie, réflexion sur les cosmogonies, l’invention « humaine » du ciel, son occupation par l’imaginaire, devenant l’épopée de la conquête technique …). Une première proposition a été tracée. Elle demande maintenant d’être adaptée à ce qui se développe ici.
Ne pas oublier que c'est d'Auguste Blanqui l’insurgé que nous vient le texte "L'éternité par les astres –  qu'il écrivit en prison : une évasion exemplaire.

Kepler a dessiné les orbites célestes en ellipses. À deux centres. Cela peut être une métaphore du fonctionnement de ce lieu destiné à être permanent
-    Le travail centrifuge de Gatti poète  :  partir des expériences d’écriture et de création  (rassemblement de gens, de langues, d’expériences , de vécus  travaillant ensemble dans un temps limité) et en amont ou parallèlement, ouvrant sur l’extérieur :  impulser un  travail de sensibilisation, de complicité avec les textes, la démarche et contribuer à former non des spectateurs mais des témoins.
Partir du tronc pour faire pousser une forêt.
-    Le travail  centripète à partir des réseaux existants, venant de l’ext érieur, ou de l’étranger -
Les deux s’épaulant et s’enrichissant mutuellement

Première étape : L’organisation en 2008 d'une résidence d'écriture-création europeenne d’Armand gatti :
Conditions de base
-    hébergement et prise en charge (nourriture) de 25 stagiaires plus Armand Gatti, ses assistants,
le responsable du kung fu et celui des chants.
-    Un lieu de répétition qui est aussi le lieu d'entraînement.
La solution optimale est que ce soit celui où a lieu la présentation finale.

Mais dans la mesure où  cette expérience se passe sur le Plateau, il faut réfléchir à la nature du recrutement, (stagiaires venant d'ici, ou associés aux chantiers  de restauration/édification du Refuge, ou à d’autres apprentissages)  Il faut aussi savoir que les origines et le travail des stagiaires (que ce soit  travaillant la pierre, ou observant les arbres ou parlant aux oiseaux ) nourrit l'écriture . Il faut aussi savoir que ceux qui viennent de l'étranger ne disposent que rarement de disponibilités autres que celles des mois d'été. Du moins dans l'équation actuelle.

Etre des bibliothèques
Sans doute est-il possible de faire participer les bibliothèques existantes
Hélène Châtelain  Août 2007

Mais qu'une des vocations du Domaine soit de devenir centre de documentation, de livres de lecture de travail et de recherche regroupant non seulement les titres qui font écho, qui répondent ou qui prolongent le travail de et avec Gatti, mais aussi ceux qui répondent et prolongent aux interrogations qui viennent directement d'ici, parait une évidence.   
Une Université prenant le temps de pousser dans les Arbres, en pleine terre des maquis.

LIEU POSSIBLE POUR LE REFUGE

ici photos à Chamboux (Peyrelevade)

maison_devant

La maison

bergerie_2








four_pain_ext_r









La bergerie




                                                                                                     Le four à pain

grange_arri_re


















La grange

fontaine_2
















                                                                                                                                                      


                                                                                    La source




Armand Gatti : une Démarche
Glossaire

« J’ai toujours été du côté des vaincus » (A.G.)

les arbres  -  le maquis
« Déjà au quartier St Joseph – celui de mon bidonville- je retrouvais les sapins et les pins qui grimpaient vers la Turbie.
J’avais devant moi tous les éléments de mes mythologies : l’arbre, la poésie et l’immensité.
Mais mon arbre à moi, il n’a pas d’origine littéraire. Il vient essentiellement du maquis »
« Partout où nous sommes allés, les arbres ont combattu avec nous. Maintenant nous voilà la forêt qui brûle… ». C’est là que se fit ma prise de conscience, que j’ai développé l’idée des arbres qui partent à la conquête du ciel. Avec eux, c’est le grand dialogue. Toute mon écriture vient de là. Aujourd’hui encore je ne commence rien sans tout d’abord venir vers l’arbre »

« On était quatre pour surveiller la forêt, et les heures de garde étaient interminables…J’avais emporté pour aller rejoindre le maquis, cinq livres : Michaux, Bohr, Gramsci, Rimbaud et Tchouang tseu (version bilingue…) Et les nuit, je lisais Michaux et Gramsci – les lettres de prison – aux arbres. J’étais dans mon trou, que nous avions creusé au cœur de la Berbeyrolle,  sous la neige et face à moi, l’immensité. Le trou prenait tout de suite les dimensions de l’Univers. Mon maquis n’était rattaché qu’aux mots. Et les arbres devenaient immenses, se nourrissant de soleil et de lune. Sauf qu’ils étaient trahis par la terre qui n’était pas capable de nourrir leur aventure. Je résumais ainsi l’essentiel de nos vies… »

les mots – le camp
« …mes premières victoires, elles remontent aux interrogatoires. Ils arrêtaient de me torturer quand je me mettais à réciter de la poésie. J’étais si accablé, si désespéré, qu’il ne me restait , je ne sais pourquoi, que des vers de Pierre Louÿs « ouvre sur moi tes yeux si tristes et si tendres, miroir de mon étoile, asiles éclairés… ». L’un des tortionnaires a hurlé « il nous prend pour des pédés ! » Et il s’est acharné sur moi. Une dernière fois. Tous ces salauds étaient impuissants face à la poésie… Ils me prenaient pour un dingue. Ils me bourraient de coups mais ne me tuaient pas. Et j’ai compris pourquoi. J’avais vaincu parce que ma langue était supérieure à la leur. A partir de là, mon combat est devenu la langue. »

le camp- le théâtre - le verbe être
« En fait c’est au camp que j ai découvert le théâtre. C’est là où j’ai assisté à ma première représentation. Au départ, le bidonville ne me prédisposait pas à avoir des rapports avec le théâtre. Je n’y étais jamais entré. Dans le camp il y avait trois juifs que l’on appelait les trois rabbins.(…) J’ai découvert que ces trois rabbins organisaient en secret, de baraque en baraque une pièce faite de trois mots : ich bin, ich war, ich werde sein. Je suis, j’étais, je serai. Au « j’étais » ils chantaient (en sourdine, en mélopée…) des chants sur le pogrom ukrainien, sur leur enfance, au « je suis »c’était la vie au camp, et au « je serai » l’avenir improbable. Ils mimaient le retour, mais on leur disait qu il n’y avait plus de place pour eux. Ni chez eux, ni au camp, même pas au Paradis…Alors les trois rabbins se mettaient à tourner en rond comme les déportés qui sortaient du camp.  Et pendant ces quelques secondes de théâtre, j‘ai vu le sourire des déportés. L’humour juif, cette forme suprême, irremplaçable de résistance était salvateur. Car si le passé du verbe était tissé de toutes les mélopées des villages disparus, le présent était fait de ce qui nous entourait, remis soudain en perspective par la grâce de cet humour. Ce fut pour moi la révélation du théâtre. Ces jours-là, il n’y avait ni spectateurs ni acteurs : nous étions tous unis au sein de la même peur. Ils parvenaient á transcender l’horreur, á nous rendre par le théâtre notre dignité d’homme. Le théâtre était lá, en plein sur l’évènement, au moment même du combat. Il était plus grand que les hommes. Et pendant quelques instants, les barbelés du camp reculaient.  « Au bord de cette fosse commune est né le verbe Être, celui de notre siècle peut-être. Chant grégorien, rythme sans mesures… »
  C’est là qu’est née mon envie de faire du théâtre. Je n’ai jamais oublié la leçon des rabbins…   

universités – savoirs
Le théâtre a toujours été pour moi l’université de celui qui n’y a pas droit. C’est là que les plus démunis peuvent enfin apprendre. C’est avant tout une aventure de l’esprit et jamais la fabrication d un produit. Mon théâtre est une expérience pour qui veut la partager. C’est le trajet qui compte et la mise en forme de ce trajet – mais en même temps, comme chez l’artisan, avec une exigence très forte. Le pire ennemi du langage – et encore plus quand on travaille avec des rejetés ou des exclus en manque ou en quête d’un savoir qu’ils puissent s’approprier  -  est le populisme, la tentation du populisme. Conquérir le langage. L’enrichir, le porter au plus haut niveau. Le processus de la vie est complexe – et le langage humain en principe l’est aussi, ou en a les possibilités… : c’est le défi majeur. De tous les temps – mais peut-être aujourd’hui encore plus que jamais.

Dire le monde avec son propre langage
Université, savoir… il faut partir du sens des mots, d’où ils viennent.
Savoir ? il nous vient de " sapere" en latin : saveur, qui a du goût
Apprendre ?  prendre, faire sien.
Université ? de universalis : univers, universitas – tatis : la communauté…
Une Université , ce serait donc une communauté rassemblée autour de l’ídée d’univers où il serait question de choses ayant du goût qui, une fois nommées, connues, et reconnues, seraient susceptibles d’être prises en soi, faites siennes, mises en mains pour pouvoir être emmenées, donc aussi partagées ?
Savoir ? c’est partir de ce que chacun - du plus démuni, au plus cassé-  est :  de ce qu’il est, de ce qu’il sait, – et avancer. Comme Lao tseu, sur son buffle…

connaissance – vérité
« Vérité, un mot étrange…je le range plutôt du côté de l’espoir et au pluriel, toujours…Mais sur sa route, tu rencontres  obligatoirement la connaissance que je place à la base de toutes mes expériences. Ce qui m’intéresse le plus, c’est la pensée. Si je me penche sur la question de la physique quantique, ce n’est pas seulement par intérêt pour la démarche scientifique. Je veux aller plus loin, au-delà d’un premier niveau d’expression. Derrière les théories, qu’y a-t-il ? Une pensée, qui peut changer non le monde –mais  notre façon de le regarder.
Et j’ai découvert, au fil des renoncements et des effondrements dont mon siècle est pavé qu’il n’y avait aujourd'hui  que les physiciens qui tentaient de mener cette lutte sur le plan du langage. Personne d’autre ne ressentait à ce point concrètement la dualité (esprit-matière, onde- corpuscule, arrêt – mouvement) qui blesse notre monde. Travaillant sur la structure de l’univers, ils en sont arrivés à la question de l’émergence du sens – et la mise en question de toute possibilité d’objectivité, de tout déterminisme.

déterminisme- probabilité
Au début, pour moi, il y eut la rencontre avec Bohr, et ces quelques mots : «  ne prenez pas chaque chose que je dis pour une affirmation, mais comme une question » Dans la bouche d’un scientifique…
Et il avait amené une théorie terriblement révolutionnaire : la complémentarité… Ce qui en  vérité, ouvre sur une autre vision du monde et des choses que la vision imposée pendant des siècles : le déterminisme – toute action a une cause, et toute cause engendre un effet.  Et voici que des hommes ont eu un jour l’impertinence d’affirmer le contraire. Une particule, à la fois onde et corpuscule ? mouvement, non, ou matière, mais,  et  matière ?  Que le monde est monde parce qu ‘il est à déchiffrer, interpréter, mais que son interprétation dépend du regard de celui qui le déchiffre ? Quelle révolution…Redonner à la science la fonction d’interrogation - donc repenser et le temps et  l’espace ? »

traversée  des langages
« Aucun langage ne possède la forme, la formule et la formulation définitive. Ce sont des visions qui se croisent, avec chacune sa part de cohérence. Comment rendre perceptible cette non détermination que la physique quantique a légitimé, après des siècles de positivisme ? Par la poésie. La poésie n’est pas une création du déterminisme. Elle n’est compatible ni avec dieu ni avec le fascisme. Aucune doctrine ne lui correspond. Et même si les quantistes eux-mêmes, piègés par la banalisation de « ce qui fonctionne » (le comment prenant le pas sur les "pourquoi") l’oublient, pris dans les labyrinthes d’un infiniment petit qui leur échappe de partout ( boson de Higgs, quarks, et autres traces de l’insaisissable…), leur langage possibiliste est le seul qui corresponde, au niveau du mouvement de la pensée, à l’idée que je me fais de la poésie : chaque mot recèle une multiplicité de sens possibles….. Chaque mot redevient enfin  une aventure infinie. Sur les routes des causes s'agrippant aux conséquences; nous l'avions tant oublié… …
C’est ainsi que s’est imposée pour moi une Traversée qui se développe maintenant depuis plus de 15 ans… La Traversée des langages. Les langages mathématiques, physiques, philosophiques, littéraires, –  au centre la poésie. Une traversée qui s'est écrite autour du destin d'un homme : Jean Cavaillès. Il était normalien, épistémologue, et cherchait à préserver, quoi qu'il en coûte, le lien entre science et pensée. Ses travaux, dans les années 30, portaient, entre autres, sur la théorie des groupes : celle qu’Évariste Gallois, riche de ses 21 ans, avait griffonnée dans sa cellule pendant sa dernière nuit visionnaire.
Au même moment où Guingouin prend le maquis, Cavaillès fonde le réseau Cohors. Il sera fusillé á Arras. Son corps fut retrouvé -  identifié sous le nom d’Inconnu n*5.

Une traversée qui aujourd’hui, se décline à travers 13 textes. Une longue marche…

science et langage
La poésie est intuitive, pas déductive. Toute la difficulté réside dans la capacité de trouver une sémantique non pour «"expliquer » mais pour exprimer des concepts complexes. Trouver comment créer une dramaturgie qui soit combattante. Car il s’agit d’un combat..  Mais un combat qui se situe sur des niveaux un peu plus passionnants, que celui d’écraser l’autre parce qu’il a tort…C’est de nouveau le combat entre AVOIR raison et ETRE une pensée multiple, perpétuellement en mouvement qui s’appuie sur des principes d’indétermination et dialogue avec l’Univers…Quelle richesse, quelle aventure…!

temps – espace
En fait, c’est pour moi une très vieille histoire, dont je n’ai pris conscience vraiment il n’y a pas si longtemps. J’ai toujours dans toutes mes pièces  –  Le Quetzal, Auguste G, Chant public devant deux chaises électriques, l’Homme seul…- fait éclater l’espace et multiplié les temporalités. Parce que c’est comme ça que la pensée travaille, que la mémoire fonctionne. Par analogies.   
Me retrouvant face aux textes de Niels Bohr ou de Heisenberg, j’ai eu le sentiment de me retrouver « chez moi » (même si le trajet pour entrer dans la pensée mathématique ou celle des physiciens a été rude souvent : je n’ai aucune culture mathématique, scientifique. Mais en revanche, j’ai avec le langage, un très long compagnonnage…).

"faire tomber dieu dans le temps…"
A l’officier, supervisant l'arrestation de quatre maquisards dont le plus âgé n'avait pas 20 ans, un matin d’hiver, dans  la forêt de la Berbeyrolle et qui me voyant avancer hurla "qu'est ce que tu es venu foutre dans le maquis?", j'ai répondu "faire tomber dieu dans le temps"… J'ai mis un demi siècle à comprendre…

partage et privilèges
Nous avions commencé cette traversée des langages par un travail autour de Kepler, Giordano Bruno et Galilée : le triangle fondateur de notre modernité occidentale.
Kepler : le passage du cercle des orbites célestes (un centre, une perfection) à l’ellipse (deux centres…)
Giordano Bruno : l’infini n’appartient pas à Dieu : l’homme peut penser l’infini.
Galilée : au-delà de faire tourner la terre, c’est la mise en place du laboratoire et l’intronisation de l’autorité de la preuve..

Tout cela, multiplié par un rendez-vous avec le soufisme (la force insurrectionnelle des hérésies) qui, en cours de route, s’était imposé, et la rencontre avec le théorème de  Gödel, le mathématicien qui, d'une formule, fit s'écrouler la certitude mathématique de pouvoir tout résoudre…

Et ce travail, c’est avec des « loulous » qu’il s’est fait - des venus du quartier de Kronenbourg de Strasbourg qui tient le record de France des voitures brûlées, et des marginaux divers. Trois groupes.
80 personnes. Et pour la première fois des scientifiques ont quitté leurs laboratoires et leurs chaires pour venir travailler avec eux dans les ateliers. 
Cela a pris du temps : 9 mois
Mais quel voyage. Pour eux. Pour nous.
Une aventure qui s’appelait « Kepler, le langage nécessaire » devenu, au fil du travail :       
«  Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité » (F.Nietzsche)

l’ideogramme  chinois
Si le camp m’a révélé la force paradoxale de la pensée juive – c’est la Chine qui m’a révélé la force de l’idéogramme : une écriture qui par les signes même qu’elle utilise est fondée sur l’analogie et la pluralité des significations. De là ma profonde fascination et pour cette écriture – et pour les formes de représentations, que ce soit à travers le geste du calligraphe ou du peintre taoïste, ou à travers le théâtre chinois découvert lors de mes séjours là-bas dont la gestuelle est là aussi une écriture dans l’espace.
La libération du théâtre occidental dont les structures mentales fondées sur la psychologie du personnage me sont profondément étrangères. .
Le livre du Yi King – le livre des mutations- ne pouvait être conçu qu’en Chine..
Chaque signe chinois, est la juxtaposition de tous les sens dont chacun de ses éléments est porteur.
Chaque geste trace  une écriture dans l’espace.
Les techniques du bâton (le kung fu) et les références au Livre des mutations – le Yi king – sont devenus pour moi  aujourd’hui les éléments incontournables d’une écriture scénique, d’ une dramaturgie faite de relations perpétuellement en mouvement qui ne doit rien, mais plus rien, aux traditions du théâtre occidental (celui de Versailles et de la bourgeoisie intellectuelle ou non)

l'école
Pour moi, la plus belle histoire d’école est celle des paysans chinois, au cours de la longue marche dont j'ai refait toute la route, avec mon traducteur, quand je suis parti là-bas. Tous les matins, chacun accrochait sur son dos l'idéogramme du jour. Et, chaque soir, chacun répétait le signe qu'il avait appris en marchant, le mettait en musique…
Marcher, comme si marcher c'était le but à atteindre…une autre histoire de paysans, ceux de Makhno…

observatoire d’étoiles
Je crois qu’il est temps de participer à tous ces débats qui concernent le « pourquoi » et le « comment »
de l’univers. Je refuse de croire qu’il y a d’un côté le langage scientifique et de l’autre le langage poétique. Lorsque Démocrite a posé la question de la matière (en nommant les atomes), sa démarche était remarquablement impertinente parce qu’elle a multiplié les passerelles entre tous les domaines intellectuels. Peintres, écrivains, musiciens, astronomes – tous ne pouvaient que se sentir concernés par une telle approche du monde. Même chose devant les travaux de Kepler. Or notre société a voulu absolument compartimenter les choses et à en interdire l’accès à certains. Je refuse cette logique qui dicte que les seuls politiques, scientifiques, ou hommes d’Eglise sont en charge de penser pour nous des questions aussi graves. Les exclus du langage - la vraie pauvreté-  aussi ont droit à la connaissance,à la pensée. Et pas seulement à des techniques.
Ce que je voudrais ?   
Leur proposer non pas des « théâtres » ou des "cursus scolaires", mais des observatoires d’étoiles…
Offrir la possibilité de s’ouvrir à des curiosités se multipliant les unes les autres… à des compétences.
Mais ne pas oublier que c’est le fait de lever la tête, et d’interroger le ciel qui est la source, le début de l’exploration. Après, c’est le travail de la pensée qui commence….
De l’infiniment petit des particules à l’infiniment grand de l’univers.
Et l’homme, entre les deux.


Armand Gatti
(extraits de « La Poésie de l'étoile  »- C Faber)

Posté par gatti à 11:24 - Commentaires [7] - Rétroliens [0]